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Laurente Delamarre
MARE NOSTRUM
GIBRALTAR, TARIFA, TANGER, ALGECIRAS – 2026. TANGER – Un détroit où deux mondes s’effleurent sans se toucher, la lumière hésite. Les rivages s’appellent à travers la brume, séparés par une eau qui ne dit rien. Ici, les silhouettes deviennent frontières, et les horizons perdent leur clarté — ce que la mer cache reste plus puissant que ce qu’elle révèle. English At the strait where two worlds barely brush, light hesitates. Shores call to each other across mist, divided by waters that speak no truth. Here, silhouettes become borders, and horizons lose their clarity—what the sea conceals proves mightier than what it shows.
PARIS
Paris se referme sur ses propres seuils — escaliers, grilles de lumière, reflets qui effacent la ville qu’ils traversent. Ici le monument n’a pas sa place : seul demeure le geste de monter, de se dissoudre, de fleurir puis de faner. Une capitale réduite à sa matière la plus nue. Paris closes in on its own thresholds — stairways, grids of light, reflections that erase the city they cross. Here the monument has no place: only the gesture remains — of climbing, dissolving, blooming, and withering. A capital reduced to its barest matter.
PORTUGAL
LISBON, CASCAIS – 2025. Lisbonne se dérobe à mesure qu’on la gravit — les marches, les azulejos, les façades cèdent leur netteté au flou et à la nuit. Ici la ville n’est plus décrite mais dissoute, jusqu’à n’être plus que grain et écume. Le seuil ne mène nulle part qu’à la matière elle-même. ENGLISH Lisbon slips away as one climbs through it — the steps, the azulejos, the façades surrendering their clarity to blur and to night. Here the city is no longer described but dissolved, until nothing remains but grain and foam. The threshold leads nowhere but to matter itself.
24H MAN’S LIGHT
ABOUT ME
Au seuil du visible. Laurente Delamarre Il y a des matins où la lumière ne révèle pas — elle voile. Le brouillard efface les contours, le ciel saturé noie les horizons, et la clarté elle-même devient obstacle : trop dense, trop blanche, elle sature plutôt qu’elle n’éclaire. Lorsque je photographie, je saisis ces instants suspendus. Photographier la lumière, c’est la matérialiser. Le processus photographique fait ce qu’elle refuse : il fixe, densifie, rend tangible ce qui par nature échappe. Grain, surexposition, perte de netteté — ce sont les moyens de rendre perceptible l’épaisseur du visible, et sa précarité. Immortaliser ce qui ne l’est pas. Là où Friedrich plaçait l’humain de dos face à l’immensité — ce Rückenfigur qui contemple sans être vu — je prolonge ce geste : la présence dans mes images est elle aussi tournée vers ce qui la dépasse. Une silhouette face à la mer, une ligne d’horizon noyée dans la brume — des présences à la limite de leur effacement, qui s’éprouvent dans leur vulnérabilité face à une lumière qui les engloutit autant qu’elle les révèle. Avec Sugimoto, je partage l’attention portée à la durée et à l’effacement — mais là où il pousse la dissolution jusqu’à l’abstraction, je cherche le seuil : le moment où la lumière devient obstacle, où elle voile autant qu’elle révèle, sans jamais faire disparaître entièrement. Le noir et blanc achève cette opération. En supprimant la couleur, il ne simplifie pas — il concentre : sur la densité lumineuse, les masses, la matière de l’air. Ce que la lumière sculpte en silence sur le monde devient enfin lisible, précisément parce que tout le reste a disparu. Chaque image pose la même question : que reste-t-il lorsque tout vacille ? English At the Threshold of the Visible. Laurente Delamarre There are mornings when light does not reveal — it veils. Fog erases contours, a saturated skydro- wns the horizon, and clarity itself becomes an obs- tacle: too dense, too white, it saturates ratherthan illuminates. It is in these suspended moments that I photograph. To photograph light is to give it substance. The phot- ographic process does what light refuses: it fixes, condenses, renders tangible what by nature escapes. Grain, overexposure, loss of focus — these arethe means of making perceptible the density of the vis- ible, and its precariousness. To immortalisewhat cannot be immortalised. Where Friedrich placed the human figure with its back to immensity — that Rückenfigur whocont- emplates without being seen — I extend this ges- ture: the presence in my images is likewiseturned toward what exceeds it. A silhouette facing the sea, a horizon line drowned in haze —presences at the edge of their own erasure, testing their vulner- ability before a light that engulfs themas much as it reveals them. With Sugimoto, I share an attention to duration and erasure — but where he pushes dissolution toward abstraction,I seek the threshold: the moment when light becomes an obstacle, when it veils as much as it reveals, without ever making things disa- ppear entirely. Black and white completes this operation. In suppressing colour, it does not simplify — it concentrates: on luminous density, masses, the mat- ter of air. What light sculpts in silence upon the world becomes finally legible, precisely because everything else has disappeared. Each image poses the same question: what remains when everything wavers?
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At the Threshold of the visible.
Au seuil du visible
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Laurente Delamarre
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